La Cour d'appel de Thaïlande a confirmé l'ordre d'extradition de She Zhijiang, un homme d'affaires sino-cambodgien accusé de diriger l'un des plus grands empires illégaux de paris et de casinos au monde. La décision, rendue le 10 novembre 2025, a confirmé qu'elle sera remise aux autorités chinoises dans les 90 jours une fois la décision définitive.
Selon les enquêteurs, elle a orchestré plus de 239 sites de casinos visant les citoyens chinois, générant un flux de trésorerie impressionnant de 2 780 milliards de yuans (environ 32,3 milliards de dollars). Les réseaux auraient facilité les opérations de jeux d'argent en ligne et de blanchiment d'argent à travers l'Asie du Sud-Est, attirant l'attention internationale et poussant Pékin à émettre une demande formelle d'extradition en 2022.
L'affaire découle de la répression par la Chine des jeux d'argent transfrontaliers, que les responsables affirment avoir attiré des milliers de ressortissants chinois sur des plateformes illégales en ligne. Suite à la demande de Pékin, le Bureau du Procureur général de Thaïlande a coordonné avec la police royale thaïlandaise et le ministère des Affaires étrangères, menant à son arrestation en 2022. Les procureurs ont ensuite adressé une requête au tribunal pénal pour l'extradition, une démarche que la Cour d'appel a maintenant confirmée après une longue bataille judiciaire.
Elle avait fait appel de la décision, arguant que la loi thaïlandaise sur l'extradition était en conflit avec la constitution. Cependant, la Cour constitutionnelle a rejeté sa requête le 22 octobre 2025, ouvrant la voie à la Cour d'appel pour finaliser l'ordre. Son extradition se fera dans le cadre du Traité d'extradition de 1993 entre la Thaïlande et la Chine, un cadre clé pour la coopération bilatérale contre la criminalité transnationale.
Les autorités allèguent que ses opérations s'étendaient au-delà des jeux d'argent en ligne. Il a été lié au projet controversé Asia Pacific New City dans la zone économique spéciale de Shwe Kokko en Birmanie, où des complexes de casinos auraient abrité des activités liées à la fraude. Elle détient également la citoyenneté cambodgienne et serait connectée au développement de Dara Sakor dans la province de Koh Kong, un site fréquemment associé à des escroqueries informatiques et à des réseaux de paris illicites.
Les enquêteurs chinois l'accusent de gérer des plateformes en ligne avec plus de 330 000 utilisateurs actifs, causant des dommages financiers estimés à plus de 150 millions de yuans (21 millions de dollars). L'affaire est devenue un symbole de l'effort plus large de la Chine pour démanteler les réseaux de paris et de casinos offshore ciblant ses citoyens.
Le moment du jugement a un poids diplomatique. Lors du récent sommet de l'ASEAN, le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a assuré au président chinois Xi Jinping que la Thaïlande ne poursuivrait pas ses projets de légalisation des casinos. Cette déclaration a suivi les propositions antérieures de l'ancien Premier ministre Paetongtarn Shinawatra, qui avait promu des complexes de divertissement intégrés aux casinos pour attirer les investissements étrangers. Le tollé public et l'opposition religieuse ont conduit au retrait du plan à la mi-2025.
La décision de la Thaïlande reflète un alignement croissant avec la position anti-jeu de Pékin alors que les deux nations travaillent à endiguer les crimes financiers et à protéger les citoyens de l'exploitation. Les analystes disent que le geste pourrait aider à restaurer la confiance chinoise dans le secteur touristique thaïlandais, qui a vu les arrivées chuter de 34 % au cours du premier semestre 2025 à 2,26 millions de visiteurs.
Alors que les préparatifs commencent pour son transfert, des questions subsistent quant à son sort une fois en détention chinoise. Les groupes de défense des droits se sont inquiétés du bilan sévère de Pékin en matière de condamnations pour les personnes accusées de délits de jeu majeurs.

